Si les accords d’Évian pour l'historien Benjamin Stora « mettent fin à la guerre d'Algérie »22 ou pour l'historienne Sylvie Thénault sont « le point de départ d'un processus de sortie de guerre », ils n'empêchent pas la poursuite des violences, à l'initiative de l'OAS (violence qui culmine avec l'attentat du à Alger23) et de certains groupes armés algériens tels les « marsiens »24 bien que Sylvie Thénault précise que « toutes les exactions ne leur étaient pas imputables »24. Les autres étaient le fait d'hommes de l'ALN car « le GPRA ne contrôlait pas l'ALN intérieure »24. Ainsi pour Sylvie Thénault, la période qui succède aux accords d’Évian est un temps où « l'Algérie plongea dans une violence extrême »24.
Désignés par l'historien Guy Pervillé comme une « utopie juridique »5, les accords d’Évian sur le terrain, loin d'apporter aux populations la paix attendue12, inaugurent une période de violence redoublée et de massacres des harkis25,26,27.
Le gouvernement français appliqua les accords. Le à 12 heures, il est mis fin aux opérations militaires et à toute action armée sur l'ensemble du territoire algérien. L'application des accords signés la veille à Évian entre le Gouvernement français et le Gouvernement provisoire de la République algérienne prend effet. C'était la fin officielle de plus de sept années et cinq mois de guerre en Algérie.
En Algérie, les conditions de la sécurité des populations sont loin d'être assurées. L'ALN dans les campagnes et le FLN dans les villes profitent des accords pour reconstituer leurs forces armées pour les déployer sur le terrain à la place des forces françaises28. Une période d'incertitude s'installe pendant laquelle l'ancien pouvoir tarde à être remplacé par le nouveau, comme a connu la France en 1815 sous la Terreur blanche ou en 1944 à la Libération28. « Le meurtre est alors, pour certains, la meilleure preuve d'allégeance au nouveau pouvoir »28. À partir du , une campagne d'enlèvements contre des Français supposés proches de l'OAS est lancée, nourrie par le banditisme, urbain ou rural28. Les massacres contre d'anciens harkis suivent presque immédiatement les accords. Loin de régler le problème algérien, les accords et l'inaction voulue des forces françaises en Algérie eurent pour conséquence une période de violence meurtrière qui perdura de longs mois pour les harkis. L'historien spécialiste de la guerre d'Algérie Guy Pervillé, conclut ainsi : « Les accords d’Évian, voulus par le gouvernement français comme la « solution du bon sens », se révélèrent donc une utopie, qui échoua à ramener une vraie paix en Algérie »29.
Le sentiment de ne plus être protégé par l’Armée française et l'insécurité latente, caractérisée par des enlèvements, des assassinats, des attentats et des exécutions sommaires, à laquelle sont confrontés les Européens d'Algérie conduit entre avril et août 1962 à un « exode brutal et désordonné »30.
Débutant dès mars 196231, les massacres de harkis connaissent une forte augmentation entre le et octobre de la même année. Le nombre de harkis tués après le cessez-le-feu, victimes de représailles, est estimé selon les sources entre 10 000 et 80 000, les chiffres les plus fréquemment avancés par les historiens se situant entre 50 000 et 70 000 morts32.
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