L'importante communauté immigrée venue d'Algérie qui penchait majoritairement pour le MNA a été prise en main par le FLN en éliminant la plupart des cadres et des soutiens du Parti du chef nationaliste Messali Hadj. Pendant l'été 1961, la guerre d'Algérie entre dans une phase critique. Les négociations entre le gouvernement français et le gouvernement provisoire de la République algérienne (GPRA), émanation du FLN, en vue de la prochaine indépendance algérienne, provoquent des dissensions dans chaque camp. Au sein du FLN se joue une lutte entre les différents courants internes pour l'accès au pouvoir du futur État algérien. Fin août, le FLN reprend plus intensément ses attaques contre les policiers, amplifiant la frustration de ces derniers qui désapprouvent la « lenteur » et l'« indulgence » de la justice à l'égard des commandos appréhendés précédemment.
Pour lutter contre ce regain de violence, décision est prise en conseil interministériel le 5 octobre, d'instituer un couvre-feu envers les seuls Algériens. Ce couvre-feu entrave considérablement le FLN dans ses activités vespérales et nocturnes de réunions, de prélèvement des « cotisations », de préparation d'opérations, d'application de « sanctions » et d'exécutions sommaires qui se réduisent fortement. La Fédération de France menace d'étouffer.
En riposte, elle décide d'organiser une manifestation pacifique contre le couvre-feu imposé par le préfet de police de Paris Maurice Papon au soir du 17 octobre 1961 tout en sachant que celle-ci est « vouée, d'emblée à être durement réprimée »136. La manifestation qui rassemble 20 000 Algériens retentit des cris et slogans de « Vive l'Algérie algérienne »137.
Les policiers, répondant aux ordres, pénètrent et disloquent le cortège. La manifestation est violemment matée par les forces de police : des blessés gisent sur la chaussée. Plus de 11 500 personnes sont arrêtées dans la nuit138, 7 800 sont parqués au Palais des Sports, 2 800 au Stade Pierre-de-Coubertin et 860 au Centre d'identification de Vincennes. Enfin 500 musulmans, classés comme meneurs ou dangereux, sont refoulés, le jeudi 19, par avion vers l'Algérie.
Le bilan officiel de la préfecture de police est de 3 morts et 64 blessés. Le bilan réél est très discuté : de 30 à 50 morts pour le 17 octobre et les journées suivantes selon Jean-Paul Brunet, 98 pour Benjamin Stora et Linda Amiri139, 120 pour House et MacMaster qui incluent un « cycle de deux mois connaissant son pic le plus visible dans la nuit du 17 octobre »140.
Le 28 octobre, lorsque les émissaires français et algériens se rencontrent à nouveau à Bâle, les dirigeants français comme ceux du FLN reconnaissent implicitement qu'il est dans leur intérêt mutuel d'oublier les événements sanglants du 17 pour pouvoir passer à autre chose. Le GPRA est parvenu le 17 octobre à faire accroître la pression sur le gouvernement français au moment même où il s'apprête à négocier avec lui141.
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