Plan Challe (1959-1961)

Jusqu'à la fin de 1958, l'initiative appartient aux maquisards de Armée de libération nationale (ALN). Le général Challe nommé en décembre commandant en chef des forces armées en Algérie, est chargé d'inverser la tendance. Avec ses collaborateurs il présente le plan qui portera son nom. Il doit permettre aux Français de profiter à plein de l'avantage que leur donne la puissance de leur armée, supérieurement équipée et ravitaillée, et composée de 475 000 hommes contre 50 000 maquisards dans l'ALN. Même s'il apparaît essentiellement comme un homme d'état-major, le général Challe va très vite donner confiance aux cadres de l'armée qui ont longtemps eu l'impression de manquer de perspectives d'ensemble131.
Jusque-là, l'armée française privilégiait le « quadrillage » : des unités fixes étaient chargées de tenir les points sensibles du pays. Tandis que les unités mobiles de « réserve générale » comprenant en particulier les régiments parachutistes se trouvaient trop souvent réduites à des missions ponctuelles. Le « plan Challe » consiste à dégager le maximum de ces troupes de réserve et à les engager de manière systématique, en concentrant successivement leurs efforts sur une série de zones données. Le but est : d'affaiblir et de désorganiser les unes après les autres les unités de l'ALN. Elles seront en effet incapables de se reconstituer puisque, depuis 1958, des barrages électrifiés solidement gardés verrouillent l'accès aux frontières marocaine et tunisienne, et la Marine assure une surveillance à peu près totale des côtes. Cette phase de démantèlement achevée, les troupes de quadrillage seront ensuite assez fortes pour affronter seules ce qui subsistera des groupes armés, au moyen de petites unités légères et mobiles, les « commandos de chasse ».
La mise en œuvre du plan repose sur deux éléments essentiels : le renseignement et la mobilité des troupes. Le renseignement est placé sous la responsabilité du CCI (centre de coordination interarmées), représenté, aux échelons régionaux, par les DOP (Dispositif opérationnel de protection, qui travaillent avec les officiers de renseignements (OR) des unités. Les informations obtenues lors des interrogatoires de prisonniers permettent d'étudier minutieusement les zones de déplacement et de refuge des unités de l'ALN. Les troupes d'intervention seront alors envoyées dans les délais les plus rapides, notamment par hélicoptère. Tandis que les « commandos de chasse » constitués par les harkis - Algériens musulmans engagés aux côtés de l'armée française régulière - pourront traquer l'adversaire dans les terrains les plus difficiles.
Le général Challe compte beaucoup sur ces supplétifs, volontaires pour un service court de six ou douze mois renouvelables. « Nous ne pacifierons pas l'Algérie sans les Algériens », écrit-il en 1959. En plus des 60 000 harkis (chiffre de 1960), il veut parler des 20 000 moghaznis et des 9 000 hommes des Groupes mobiles de sécurité (GMS), nouveau nom des GMPR (groupes mobiles de protection rurale). Ou encore des petites milices dites « groupes d'autodéfense » (GAD), organisées, plus ou moins spontanément, dans des villages hostiles aux combattants de l'ALN. Leur effectif se monterait à une soixantaine de milliers d'hommes, dont une trentaine de milliers armés par la France.
Les soldats français vont chercher les maquisards de l'ALN sur leur terrain. Entre février 1959 et septembre 1960, les opérations militaires prévues par le « plan Challe » balaient le nord de l'Algérie d'Ouest en Est. Du plus facile, l'Oranais, au plus difficile, le Nord Constantinois, largement dominé par l'ALN. Après le départ de Challe en avril 1960, le général Crépin prend le relais et complète le dispositif avec les opérations « Cigale », « Prométhée », « Flammèches » et « Trident » qui s'étalent jusqu'en avril 1961. Les chefs de l'armée française créent des zones interdites qu'ils vident de leur population. Ils veulent ainsi isoler les combattants de l'ALN des civils qui les nourrissent, les soignent et les cachent. les habitants sont regroupés dans des villages près des postes militaires. En 1960, plus de deux millions de personnes sont concernées. Pauvreté accrue, perte des valeurs, les conséquences humaines, économiques et sociales sont dramatiques pour ces civils coupés de leurs terres.

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