La pratique de la torture par l'armée française est une réalité avérée notamment par les nombreux témoignages et des rapports furent adressés aux responsables politiques comme Pierre Mendès France ou Charles de Gaulle. Cependant on ne sait pas dans quelle mesure les responsables politiques étaient au courant de ces pratiques. Selon Raphaëlle Branche, la pratique de la torture pendant la guerre d'Algérie a au moins deux origines. D'une part, durant la colonisation, elle constituait un outil policier pour le maintien de l'ordre et, d'autre part, elle est issue des crispations de l'armée française qui ne voulait pas connaitre une deuxième décolonisation après la guerre d'Indochine212.
Mais la torture ne peut être séparée du contexte de la guerre violente qui a lieu tant du côté français que du côté algérien. En effet, surpris par les attentats du FLN et sa progression dans l'opinion algérienne, l'État Français mettra en place des mesures spéciales, renforçant notamment l'usage à la justice militaire et la limitation de certaines libertés, comme la liberté de réunion. Dès le mois de mai 1955, commence à se répandre le concept de « responsabilité collective ». Elle est appliquée dans les Aurès en premier lieu, où le général Pallange décrète que le douar le plus proche d'un lieu de sabotage ou d'un attentat est collectivement responsable de l’événement. Les mesures prises peuvent aller d'une corvée collective pour réparer les dégâts le plus souvent, à une « prise d'otage » ou un bombardement du douar en question. Le principe de punition collective devient donc rapidement le corollaire de la responsabilité collective213.
En 1955, Maurice Bourgès-Maunoury et le général Koenig, respectivement ministre de l'intérieur et de la défense, rédigent une « instruction concernant l'attitude à adopter vis-à-vis des rebelles en Algérie », prônant une réaction militaire « plus brutale, plus rapide, plus complète ». Ce texte confirme l'extension de la guerre non seulement aux rebelles armés mais aussi à la population algérienne susceptible de soutenir les rebelles. Max Lejeune, devenu secrétaire d'État aux forces armées, dira à propos du soulèvement populaire dans le Constantinois du 20 août 1955 réprimé qu'il n'est pas faux de parler de « répression aveugle »212. Le FLN, en grand partie dans la clandestinité, exerce son contrôle sur la population algérienne, y compris par des assassinats. Le plus connu est le massacre de Melouza, village qui aurait été acquis au messalistes (rivaux du FLN). Cependant, le général Salan constate que la population des douars environnants accuse l'armée française d'être responsable du massacre. Le FLN mène un guérilla intense contre les troupes françaises et des attentats qui touchent les infrastructures, mais aussi la population civile européenne. Le bilan des pertes occasionnées par le FLN est cependant plus lourd pour les militaires que les civils214.
Concernant les exécutions capitales, le 17 mars 1956 sont publiées au JO les lois 56-268 et 56-269 qui permettent aux tribunaux militaires français d’appliquer - sans instruction préalable - la peine de mort aux membres du FLN pris les armes à la main. Pour les bourreaux d'Alger, commencent alors les cadences infernales, avec les exécutions multiples qui se poursuivent jusqu'en 1958. Dans ses mémoires, le bourreau Fernand Meyssonnier rapporte « Dans l'histoire, c'est assez rare [...] En Algérie, entre 1956 et 1958, il y a eu seize exécutions doubles, quinze triples, huit quadruples et une quintuple. Oui, pendant le FLN c'était à la chaîne [...] Pour arriver à de telles hécatombes, il faut des époques politiques troubles comme la Terreur pendant la Révolution, l'Occupation où il y a eu neuf exécutés d'un coup le 1er mai 1944, et... les "événements" d'Algérie »215. Au total, entre 1956 et 1962 pour environ 1 500 condamnations prononcées, 222 Algériens ont été officiellement exécutés pendant la guerre d’Algérie. 142 l’ont été sous la IVe République : 45 pendant que François Mitterrand était garde des Sceaux, soit une exécution tous les 10 jours en moyenne. La plus forte fréquence revient au Gouvernement Maurice Bourgès-Maunoury, qui a commis 29 exécutions en trois mois (soit une tous les trois jours). 80 exécutions ont eu lieu sous de Gaulle (soit une tous les 20 jours), bien qu’il ait amnistié 209 condamnés à mort en janvier 1959, commuant leur condamnation en peine de prison à vie216.
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