L'Association des oulémas musulmans algériens
Les Oulémas créent en 1931 l’Association des oulémas musulmans algériens62, dont la devise est : « L'islam est ma religion, l’arabe est ma langue, l’Algérie est ma patrie »63. Ben Badis devient rapidement l'homme fort du mouvement62, dont les deux autres figures sont Tayeb el-Oqbi d’Alger et Mohamed Bachir El Ibrahimi qui développe son influence depuis Tlemcen sur toute l’Oranie63. La charte du conseil reprend les idées de Ben Badis : « Faire de la langue arabe la langue nationale... purifier l’islam... combattre les marabouts et les ordres religieux et ramener ainsi le peuple algérien à la véritable culture islamique »62. Les actions des oulémas portent un coup dur aux marabouts, réputés liés à la colonisation63 ainsi qu'aux confréries religieuses. Certains marabouts finissent par se rallier aux Oulémas après la mort en 1931 d'Ahmad al-Alawi de Mostaganem, chef du maraboutisme « moderne »62.
Le cheikh Ben Badis meurt à Constantine en 1940 et 20 000 personnes assistent à ses obsèques66. Son remplaçant, El Ibrahimi, est assigné à résidence chez lui à Aflou et la médersa qu’il dirige à Tlemcen est fermée ; il ne recouvre sa liberté qu’en 1943. Par la suite, il approuve le « manifeste du peuple algérien »67 et critique le projet Blum-Viollette qui constitue pour lui en « un pas vers l’assimilation », et réclame la nécessité de la citoyenneté algérienne. Pour ces raisons, il rejoint les Amis du manifeste et de la liberté68.
Cette période est marquée par la reprise des actions culturelles pour la défense de l’islam et la langue arabe, notamment l’ouverture des écoles coraniques et l’animation des cercles culturels. L’apprentissage de la langue arabe et du coran connait une progression importante dans plusieurs régions de l'intérieur du pays68. En 1947, l’Association des Oulémas inaugure l’Institut Ben Badis à Constantine qui dispense un enseignement de niveau secondaire englobant des disciplines modernes69. Son influence est grande dans la société algérienne, ses actions mènent à un dynamisme social qui renforce les ambitions identitaires en lui donnant ses points de repère69. Ainsi, en 1931, l’historien réformiste Ahmed Taoufik El Madani publie Le Livre de l’Algérie63. L’islam offre au nationalisme algérien une dimension religieuse, mais également un refuge contre la colonisation. Il constitue alors un véritable patriotisme religieux65
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