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La guerre d'Algérie
La guerre d'Algérie est un conflit colonial qui dure de 1954 à 1962.
Avec la guerre d'Indochine, c'est le conflit le plus dur et le plus
long de l'histoire de l'empire colonial français
Mais à la différence des autres colonies, l'Algérie, avec ses trois
départements, est une partie du territoire français. C'est aussi une
colonie de peuplement. Près d'un millions de colons
européens (les pieds-noirs) y vivent depuis plusieurs générations,
avec 9 millions d'Algériens musulmans qui n'ont pas les mêmes droits
politiques.
Près de 2 millions de soldats français ont traversé la Méditerranée pour combattre en Algérie entre 1954 et 1962.
Le conflit a entraîné en France la chute de la Vè République. En
Algérie, il s'est accompagné de centaines de milliers de morts et de la
déstabilisation de l'économie.
Le nouveau pouvoir en place, issu du FLN (Front de libération
nationale) organise la mémoire de sa victoire. En France, au contraire,
on essaye d'oublier et de faire oublier. C'est seulement
au début du XXIè s. que l'histoire de ce conflit s'impose à la
mémoire de tous.
L'Algérie française
Pourquoi l'Algérie, que la métropole croyait tranquille depuis la
suppression du code de l'indigénat et le statut de 1947, qui accorde aux
Algériens musulmans le droit de participer aux élections
des députés à l'Assemblée?
Une société très inégalitaire
Les Français ont commencé à s'installer en Algérie en 1830. En 1848,
l'Algérie est divisée en trois départements intégrés au territoire
métropolitain. Les Français veulent faire de l'Algérie
une colonie de peuplement. Au départ, les colons étrangers sont plus
nombreux que les Français, mais les enfants européens nés en Algérie
française obtiennent la citoyenneté française (à
partir de 1889), ce qui permet d'assimiler les colons étrangers. Les
juifs algérienssont également devenus français (1870).
En 1954, les Français forment 10% de la population et les Algériens musulmans 90%.
La très grande majorité des Français (80%) vivent en ville et se
concentrent en fait dans quelques grandes villes. Les Français sont
également plus nombreux dans la partie Ouest (entre Alger et
Oran) que dans la partie Est du pays.
Mais les Français, bien que très peu nombreux, possèdent plus du
quart des terres cultivables et leurs exploitations sont beaucoup plus
grosses que celles des Algériens. La très grande majorité
des Algériens des campagnes travaillent comme salariés sur les
propriétés des Français. Les terres des Français sont plutôt dans les
plaines autour des grandes villes du littoral, tandis que les
paysans algériens ont des petites parcelles dans les montagnes de
l'Est du pays (Kabylie, Aurès).
Depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, le code de l'indigénat,
qui soumettait les Algériens à une justice pénale séparée, a été
démantelé.
Les musulmans d'Algérie sont de nationalité française, mais ils ne
sont pas tous citoyens français (seuls le sont ceux qui renoncent à leur
statut personnel musulman, c'est-à-dire aux lois
musulmanes). Très peu participent à l'élection des députés de
l'Algérie au Parlement français. Les élections sont truquées par
l'administration française, qui a peur de la montée
électorale des nationalistes.
Le développement du nationalisme algérien
On assiste, après la Seconde Guerre mondiale, à un durcissement du nationalisme algérien?
Messali Hadj (ci-dessus à gauche) est considéré par les historiens
comme le premier nationaliste algérien. Issu d'une famille populaire de
Tlemcen, il a fait son service militaire en France
pendant la Première Guerre mondiale. Marié avec une Française,
il s'y est installé après la guerre. Il entre au parti communiste et
devient le président d'une association de
travailleurs maghrébins qui revendique l'indépendance du Maghreb et
qui subit la répression des autorités françaises. En 1954, Messali
Hadj est à la tête du MNA (mouvement national algérien).
Ferhat Abbas (ci-dessus à droite) est issu d'une famille paysanne
proche des autorités françaises. Il a fait des études de pharmacie
avant de devenir un notable proche des autorités
françaises. Il est au départ favorable à la colonisation et souhaite
une cohabitation des Français et des Algériens, égaux, mais intégrés
dans des communautés différentes. Après 1945, il bascule
du côté de l'indépendance.
Pendant la Seconde Guerre mondiale, l'Algérie, contrôlée par les
autorités de Vichy puis reprise par la résistance gaulliste essaye de
négocier son autonomie. En 1945, des émeutes éclatent et
sont réprimées dans la violence à Sétif et à Guelma, faisant des
milliers de morts. En 1947, le statut accordé à l'Algérie déçoit les
mouvements nationalistes. Les élections truquées
exaspèrent les militants, qui commencent à préparer une insurrection
(=une révolte).
Messali Hadj ne souhaite pas la violence. Son parti éclate: une
partie des militants fondent le FLN (Front de libération nationale) et
sa branche armée: l'ALN (Armée de libération nationale).
C'est eux qui donnent le coup de lancement de la guerre, en appelant
aux attentats de la Toussaint, qui ont lieu dans la nuit du 31 octobre
au 1er novembre 1954 (on parle de Toussaint
rouge).
La guerre
Le déclenchement: la Toussaint rouge et les première mesures
"Entre minuit et deux heures du matin, le 1er novembre 1954,
l’Algérie est réveillée par des explosions. Du Constantinois à l’Oranie,
incendies, attaques de commandos révèlent l’existence d’un
mouvement concerté, coordonné. [...] Trente attentats presque
simultanés contre des objectifs militaires ou de police, sont perpétrés.
Très vite, François Mitterrand, ministre de l’Intérieur, met à la
disposition du gouvernement général de l’Algérie trois compagnies de
CRS, soit six cents hommes qui quittent Paris en début
d’après-midi, par avion [...]
L’insurrection provoque la mort de sept personnes. L’assassinat de
l’instituteur Guy Monnerot dans les Aurès et du caïd profrançais de
M’Chounèche, Hadj Sadok, soulèvent une vive émotion. Mais
les attaques contre les postes de police, des casernes ou des
installations industrielles n’ont pas l’ampleur que les initiateurs du
1er novembre espéraient.
Le réseau mis en place à Alger est démantelé par la police en moins
de deux semaines. Seul l’Aurès, dans le Constantinois, pose un véritable
problème militaire: les «rebelles» s’y sont assuré le
concours des «bandits d’honneur». [...]
Il y a aussi la grande Kabylie, où plusieurs centaines d’hommes
rompus à la clandestinité [...] sont prêts pour une action prolongée. En
ce 1er novembre, personne ne pense sérieusement que
la France vient d’entrer dans une nouvelle guerre. Les «événements»
font deux colonnes dans Le Monde."
Benjamin Stora, Histoire de la Guerre d'Algérie.
La France sort tout juste d'un conflit colonial qui a duré 8 ans en
Indochine. Au lendemain de la Toussaint rouge, personne en France
n'envisage une insurrection générale en Algérie et encore
moins une guerre d'indépendance.
La première réaction des Français est la répression et le renforcement de la sécurité.
Mais l'opinion en métropole est divisée entre la volonté de proposer
des réformes sociales et économiques et la répression. Le gouvernement,
dirigé par Pierre Mendès France, est renversé. Le
nouveau gouvernement, dirigé par Edgar Faure, envoie en Algérie un
nouveau gouverneur: Jacques Soustelle.
Jacques Soustelle visite l'Algérie et, devant le danger
nationaliste, obtient que l'Assemblée nationale vote l'Etat d'urgence:
l'armée reçoit des pouvoirs supplémentaires dans les Aurès et est
autorisée à procéder au regroupement des populations dans des camps
d'hébergement.
Les émeutes du 20 août 1955
Les historiens considèrent que la guerre d'Algérie commence véritablement avec les émeutes du 20 août 1955
Les historiens considèrent que la guerre d'Algérie commence véritablement avec les émeutes du 20 août 1955
"Le 20 août 1955, des milliers de paysans algériens se soulèvent et
se ruent à l’assaut de villes du Nord-Constantinois, dans le
quadrilatère Collo-Philippeville [Skikda]-Constantine-Guelma.
[...] Ce jour-là, les responsables du FLN entendaient marquer le
deuxième anniversaire de la déposition, par les Français, du sultan du
Maroc, Sidi Mohammed Ben Youcef. La guerre prend son
vrai visage dans ce Constantinois où la coexistence des communautés a
toujours été plus tendue que dans le reste de l’Algérie. Dix ans après
les «événements» de Sétif et Guelma, en mai 1945, on
retrouve la même explosion de violence, relayée par une répression
aveugle et démesurée. Plusieurs milliers de fellahs (paysans, ouvriers
agricoles), vers midi, pénètrent dans une trentaine de
villes et de villages. Ils sont faiblement encadrés par quelques
soldats de l’ALN (l’Armée de libération nationale, branche armée du FLN)
en uniforme, qui s’attaquent à des postes de police, de
gendarmerie, divers bâtiments publics. Ces paysans sont survoltés:
une rumeur court d’un débarquement égyptien à Collo…De nombreux
Français, mais aussi des musulmans sont assassinés à coups de
hache, de serpe, de pioche ou de couteau. Des personnalités
politiques sont atteintes [...]. Le bilan des émeutes se solde par 123
morts, dont 71 dans la population européenne."
(Benjamin Stora, Histoire de la guerre d’Algérie)
La France se considère désormais en guerre. La répression est
terrible et on ne parle plus de réformes. La "question algérienne" est
débattue à l'ONU et la France accélère les indépendances
tunisienne et marocaine.
Mais surtout, la France renforce sa présence militaire en Algérie:
des jeunes soldats qui viennent de finir leur service militaire sont
rappelés sous les drapeaux et d'autres, qui sont en train
de le terminer, sont maintenus dans l'armée. Ils tentent de se
soulever, mais ne reçoivent que peu de soutien.
A la fin de 1955, le gouvernement Edgar Faure est renversé et la
répression, après la diffusion d'images montrant des exécutions sans
sommation, fait scandale. Guy Mollet, un socialiste, devient
président du conseil et Jacques Soustelle est remplacé par le
général Cartroux. Mais celui-ci, accueilli avec hostilité par les
Français d'Algérie, est remplacé Robert Lacoste. Guy Mollet
lui-même, en visite à Alger, est accueillis par des jets de tomates.
L'Algérie est découpée en trois zones militaires : zone de
pacification, zone d'opération et zone interdite et les habitants de la
zone interdite sont évacués vers des camps d'hébergement. Le 16
mars 1956, un loi sur les pouvoirs spéciaux est votée: elle suspend
la plupart des libertés individuelles. Cette loi est adoptée à une
majorité de 455 voix contre 76. Même le Parti communiste a
voté pour. De nouveaux soldats sont mobilisés et le service
militaire et prolongé. C'est la gauche qui aura pris la décision de la
guerre.
Cette vidéo se trouve sur le site de la
Ligue des Droits de l'Homme de Toulon, où on peut lire
l'histoire de ces images, prises dans un petit village de la région de
Constantine le 22 août 1955 par le journaliste Georges
Chassagne pour les chaînes d'actualité française, Gaumont, et
américaine, Fox-Movitone. Gaumont décide de ne pas publier les images,
mais celles-ci, publiées à l'étranger, parviennent en
France. L'Express publie un montage photo tiré de la vidéo.
A gauche, Ahmed Ben Bella (portant un long manteau) et les autres
chefs du FLN lors de leur arrestation en octobre 1956. A droite, Ahmed
Ben Bella devenu président de l'Algérie (portrait
officiel, 1963-65).
Fin 1956, un avion marocain qui devait transporter des chefs du FLN
jusqu'en Tunisie est intercepté par les Français. Quatre personnages
sont arrêtés, parmi lesquels Ahmed Ben
Bella.
Cette arrestation n'empêche pas le FLN d'accentuer sa pression en
utilisant des techniques de guérilla (=guerre indirecte) : les attentats
se multiplient à Alger, des grèves sont organisées
dans les grandes villes et les hommes de l'ALN, aidés des habitants,
tendent des embuscades aux soldats français.
Ces soldats, à la fin de 1956, sont au nombre de 350 000 (alors
qu'ils n'étaient que 54 000 deux ans plus tôt), mais beaucoup sont très
jeunes et inexpérimentés. En face, l'ALN compte près de 60
000 hommes.
La "bataille" d'Alger (1957)
Face au pourrissement généralisé de la situation, Guy Mollet décide
de mettre à la tête de l'armée française d'Algérie le général Salan, qui
a fait la guerre d'Indochine et connaît bien les
techniques de guérilla. Par ailleurs, début 1957, après l'assassinat
d'un représentant important des pieds-noirs, le général Massu est
chargé de "pacifier" Alger, c'est-à-dire d'y mettre fin à la
guérilla, avec 8000 parachutistes. Il réussit à mettre un
terme aux attentats à Alger, mais au prix d'une véritable crise morale:
la question de la torture divise désormais les
Français.
"Le 7 janvier 1957, 8000 paras pénètrent dans la ville [...]. La
«bataille d’Alger» commence. Les 9 et 10, deux explosions créent la
panique dans deux stades d’Alger. Mais l’horreur
atteint son point culminant le 26. À quelques minutes d’intervalle,
deux charges explosent au bar «L’Otomatic», puis au café du «Coq hardi»,
en plein centre d’Alger. Deux Algériens musulmans sont
lynchés par une foule européenne exaspérée. Le 28 janvier, en
liaison avec les débats de l’ONU, le FLN lance un ordre de grève
générale de huit jours. L’armée brise la grève. À tout instant et en
tout lieu, les hélicoptères se posent sur les terrasses de la
Casbah. Dans la ville divisée en secteurs, les quartiers musulmans sont
isolés derrière des barbelés, sous la lumière des
projecteurs. Le général Massu, doté des pouvoirs de police sur la
ville, a la charge de rétablir l’ordre [...]. Le terrorisme sert à
justifier le recours à tous les moyens. Les hommes de
Massu arrêtent massivement, fichent systématiquement, et [...]
pratiquent la torture. Le leader du FLN Larbi Ben M’Hidi est arrêté le
17 février, et sera ensuite «suicidé». C’est bien «le sang et
la merde», comme le dit le colonel Marcel Bigeard, une affreuse
bataille au cours de laquelle les bombes hachent des dizaines de
victimes européennes, tandis que les paras remontent les réseaux,
découvrent les caches, débusquent les chefs du FLN installés dans la
ville. Leurs moyens L’électricité (la «gégène»), la baignoire, les
coups. Il y a des sadiques parmi les tortionnaires, bien
sûr. Mais beaucoup d’officiers, de sous-officiers et de soldats
vivront toute leur vie avec ce cauchemar. [...] Le 28 mars 1957, le
général Paris de Bollardière demande à être relevé de ses
fonctions. Il n’admet pas l’utilisation de la torture, qu’il a
connue et combattue au temps de l’occupation allemande."
Benjamin Stora, Histoire de la guerre d’Algérie.
La "pacification" du pays
Les parachutistes interviennent également dans les zones rurales,
notamment dans les montagnes. Une ligne électrifiée de 450 kilomètres
(la ligne Morice, du nom du ministre de la Défense qui l'a
mise en place) limite les déplacements des fellaghas entre l'Algérie
et la Tunisie, où ils ont des camps d'entraînement.
Dans les campagnes et dans les camps d'hébergement, des soldats
français alphabétisent et soignent les paysans et tentent de les mettre
de leur côté et de les enrôler dans les forces armées.
Début 1958, l'armée considère que la guerre d'Algérie est gagnée.
La guerre entre le FLN et le MNA
A partir de 1956, tous les mouvements nationalistes, à l'exception
du MNA, se rallient au FLN, à l'occasion du congrès de la Soummam (nom
d'un massif montagneux de Kabylie). C'est à ce moment que
Ferhat Abbas rejoint le FLN. Même les dignitaires (=les chefs)
religieux (qui appartenait au mouvement des Oulémas) se rallient. Mais
surtout, le congrès de la Soummam jette les bases d'un Etat
algérien et d'une véritable armée.
Parallèlement à la guerre entre les nationalistes algériens et
l'armée française, se déroule entre 1955 et 1962 une autre guerre, qui
oppose le MNA de Messali Hadj et le FLN. Cette guerre fait
près de 10000 morts.
La République au péril de l'Algérie
En métropole, une situation de plus en plus tendue
En France, l'état d'urgence justifie la censure (=la limitation de
la liberté d'expression) sur les journaux et les productions
audiovisuelles (radio, télévision, cinéma).
Des dizaines de milliers d'Algériens, considérés comme des militants
nationalistes, sont assignés à résidence, en Algérie, mais aussi en
France. Des condamnations à mort sont prononcées et
exécutées.
En 1957, les soldats du contingent (c'est-à-dire les jeunes gens qui
font leur service militaire) ont commencé à être envoyés à Algérie.
L'immigration algérienne est multipliée par deux pendant la guerre,
en raison de la forte augmentation du chômage en Algérie. Entre 350 000
et 450 000 Algériens (principalement des hommes
jeunes) vivent France métropolitaine en 1962.
Ahmed Zabana est un indépendantiste algérien. Il est le premier
indépendantiste algérien condamné à mort et guillotiné en 1956 pour le
meutre du garde forestier François Braun la nuit de la
Toussaint rouge. Il est aujourd'hui considéré comme un héros
national en Algérie.
La France commence à être critiquée par les autres pays, d'autant
plus que Nasser, leader du panarabisme, soutien l'indépendance de
l'Algérie.
De nombreux pays, communistes et occidentaux (y compris les
Etats-Unis et le Royaume-Uni), aident le FLN en lui livrant des armes.
En février 1958, le bombardement par la France d'un village
tunisien, Sakiet Sidi Youssef, abritant une base de l'ALN fait scandale
dans le monde: on compte plus de 200 morts et blessés, dont de
nombreux enfants.
En France, les gouvernements tombent les uns après les autres. Les
Français d'Algérie sont de plus en plus en colère contre la métropole,
qu'ils jugent impuissante.
Le comité du salut public
Le 13 mai 1958, une manifestation énorme a lieu à Alger en mémoire
de soldats du contingent exécutés par le FLN. Cette manifestation tourne
à l'émeute.
En France, le gouvernement qui vient d'être nommé proclame le blocus de l'Algérie.
Le lendemain, le général Salan proclame un comité du salut public en attendant que le général de Gaulle prenne le pouvoir.
En effet, depuis plusieurs semaines, de nombreuses personnalités
publiques réclament son retour et le présentent comme le seul homme
capable de redresser la situation.
De la reprise en main du conflit par Charles De Gaulle à l'indépendance
L'arrivée au pouvoir de de Gaulle et la mise en place de la Vè République
Une tentative de coup d'Etat en Corse, organisée fin mai par des
partisans de l'Algérie française, précipite l'arrivée au pouvoir de de
Gaulle: ce dernier devient Président du conseil le 1er
juin.
Il se rend aussitôt en Algérie, où il prononce, en face d'une foule
déchaînée, qui compte sur lui pour mettre fin à la guerre et garder
l'Algérie à la France, son célèbre "je vous ai compris"
(cliquez sur l'image pour voir la vidéo).
Il propose une nouvelle constitution, adoptée par référendum, qui
donne des pouvoirs très importants au président et au gouvernement, de
manière à éviter l'instabilité gouvernementale (=les
chutes répétées des gouvernements). C'est le début de la Vè
République, dont de Gaulle est élu président.
Les hésitations de la politique algérienne de de Gaulle
L'oeuvre de de Gaulle en Algérie est complexe et comprend deux étapes:
Dans un premier temps, il continue à pousser l'avantage militaire de la France tout en proposant des réformes.
-Il commence, fin 1958, par proposer la "paix des braves": le FLN se
rend et une amnistie générale est accordée. Le FLN refuse.
-Il propose par ailleurs un vaste plan de réformes destinées à relever le niveau socio-économique des musulmans d'Algérie
-Il remplace le général Salan par le général Challe. Ce dernier est
chargé de poursuivre et d'accentuer la "pacification" du pays.
Mais à partir de septembre 1959, un tournant (=un changement de
politique) important est pris: de Gaulle annonce à la télévision qu'il
veut proposer aux Algériens l'autodétermination. Le général
Massu, qui s'est déclaré hostile à la politique de de Gaulle, est
remplacé.
Dans son allocution télévisée du 16 septembre 1959, De Gaulle
commence par établir, comme condition pour que les Algériens puissent
décider de leur avenir, la paix.
Il dénigre par ailleurs, sans jamais le nommer, le FLN, en affirmant
que les Algériens doivent pouvoir se prononcer individuellement,
c'est-à-dire sans être influencés par le FLN.
Au passage, il affirme que l'Algérie n'a, dans le passé, jamais été
une nation et que c'est aujourd'hui seulement que les Algériens doivent
décider s'ils en forment une ou non.
De Gaulle propose trois solutions: la sécession (une Algérie
complètement indépendante, à laquelle il ne croit pas), la francisation
complète (l'égalité absolue de droits entre Algériens et
Français), l'union entre la France et l'Algérie, car l'Algérie a
besoin de la France pour son développement social et économique. C'est
cette dernière solution qui a sa préférence.
Au cas où les Algériens choisiraient la sécession, de Gaulle tient à rassurer ses compatriotes sur deux points:
-le Sahara et son pétrole resteraient français
-les Français d'Algérie et tout Algérien qui souhaiterait rester
français seraient pris en charge pour leur transfert et leur
installation en France. Ici, c'est bien sûr les pieds noirs que de
Gaulle est en train d'essayer de rassurer. Ces derniers savent en
effet qu'ils n'ont aucune chance de pouvoir vivre dans une Algérie
indépendante après les souffrances que l'armée française et
les milices pieds-noirs ont infligées aux Algériens.
La semaine des barricades (janvier 1960)
Les Français d'Algérie ne sont pas convaincus. Ils vivent désormais dans la peur de l'indépendance algérienne.
Le 24 janvier 1960, des émeutes éclatent à Alger et font 20 morts et
150 blessés. Pendant une semaine, les activistes pieds-noirs se
retranchent derrière des barricades, mais l'armée ne leur
apporte pas le soutien qu'ils espéraient. De Gaule, à la télévision,
condamne les émeutes et se montre inflexible : "je dois être obéi de
tous les soldats français".
Conscient que ce n'est pas sur le front militaire que la question
algérienne va se régler, il entame des pourparler en juin 1960 avec le
FLN.
Le référendum sur l'autodétermination
De Gaulle, pour donner à sa politique une légitimité démocratique,
organise un référendum en janvier 1961 sur l'autodétermination. Il
obtient 75% de oui en métropole et 69% en
Algérie.
Les négociations s'ouvrent à Evian.
L'OAS et le putsch d'Alger
Le général Salan, interdit de séjour en Algérie, décide, avec deux
leaders de la semaine des barricades, de convaincre l'armée d'empêcher
l'indépendance. C'est la création de l'OAS
(organisation armée secrète) en février 1961.
En avril, l'OAS organise le putsch d'Alger: les officiers rebelles
s'emparent du palais du gouvernement et le général Challe (que de Gaulle
a remplacé à cause de son soutien aux pieds-noirs en
1960) fait le communiqué suivant: " Je suis à Alger avec les
généraux Zeller et Jouhaud et en liaison avec le général Salan pour
tenir notre serment, le serment de l’armée de garder l’Algérie".
De Gaulle se fait confier les pleins pouvoirs (en vertu de l'article
16 de la constitution) et dénonce à la télévision "un quarteron de
généraux à la retraite" qui manquent de réalisme politique.
Les soldats du contingent, majoritaires dans l'armée française en
Algérie, sous l'influence de cette déclaration, refusent de suivre leurs
officiers. Finalement, Challe se rend, certains
putschistes sont arrêtés et Salan et d'autres s'enfuient.
Commence alors le moment le plus dur pour l'armée française en
Algérie: elle doit à la fois affronter le FLN, qui veut pousser au
maximum son avantage pour les négociations d'Evian et l'OAS, qui
multiplie les attentats. Cette organisation secrète, qui disposait
au départ de 300 activistes, compte désormais 100 000 pieds-noirs, prêts
à tout faire pour garder l'Algérie aux Français.
Le situation se tend aussi en France métropolitaine. Ici, les
Algériens font l'objet d'une méfiance générale. Un couvre-feu
(interdiction de circuler après 20 heures) leur est imposé à
Paris en octobre 1961. 30 000 Algériens manifestent. La répression,
très dure, sous les ordres du préfet de police Maurice Papon, fait 200
morts et s'accompagne de 12 000 arrestations.
Les négociations d'Evian et la "terrible fin de la guerre" (Benjamin Strora)
Elles ont lieu entre le GPRA (gouvernement provisoire de la
République algérienne), présidé par Ferhat Abbas et la France, sur fond
de terrorisme de l'OAS, qui multiplie les attaques contre les
institutions, l'armée, mais aussi les musulmans. Ces attentats ont
également lieu en France métropolitaine. Des intellectuels de gauche,
comme Jean-Paul Sartre et André Malraux, sont également la
cible d'attentats.
En février 1962, la gauche française manifeste à Paris contre cette
montée de la violence de l'OAS. Elle se heurte à une répression
violente, notamment à la station de métro Charonne, restée un
lieu de mémoire de la guerre d'Algérie en France métropolitaine.
Les accords d'Evian sont signés le 18 mars 1962. Le 19, le
cessez-le-feu est proclamé. L'indépendance est approuvée par référendum,
en juillet, par la quasi-totalité (99.7%) de la population. Des
compromis sont trouvés entre le GPRA et la France pour
l'exploitation des hydrocarbures du Sahara et la France s'engage à
poursuivre les actions de développement économique et social engagées en
Algérie depuis 1958.
Ces accords entraînent un déchaînement de violence de l'OAS, malgré
l'arrestation de Salan et de Jouhaud. L'OAS ira jusqu'à attaquer à
l'arme à feu la voiture présidentielle (c'est l'attentat du
Petit-Clamart, le 22 août 1962, mais cet attentat n'en est qu'un
parmi de nombreuses autres tentatives de tuer le Président de la
République).
Chaque jour, 8000 à 10 000 pieds-noirs quittent l'Algérie.
Dans l'urgence de l'évacuation des pieds-noirs, les harkis, soldats
algériens qui se sont mis au service de la France contre l'ALN, sont
négligés. Sur près de 260 000, seulement 42 000 sont
pris en charge.
Les Européens souffrent de la vindicte (=désir de revanche, de vengeance) des musulmans d'Algérie.
Document. Charonne. 17 octobre 1961
"'Comme au moment de la manifestation algérienne du 17 octobre 1961,
Maurice Papon est le préfet de police de Paris [...]. La station de
métro Charonne va entrer, ce soir-là, dans les lieux de la
mémoire collective de la gauche [...]. Prise de panique, la foule
s’engouffre dans la bouche de ce métro, dont une grille à demi fermée
retient les corps de ceux qui trébuchent. Sur cet amas
humain, qui obstrue complète-ment l’entrée, des témoins voient un
groupe de gardiens casqués «entrer en action». Ces policiers tapent dans
le tas à coups de «bidule» (de longues matraques en
bois), projettent une table de café, des sections de fonte arrachées
aux grilles de protection des arbres… Au milieu des cris, des
gémissements, des couches de blessés enchevêtrés, on retire huit
cadavres. Le mardi 13 février, les funérailles des huit victimes de
Charonne sont suivies par une foule impressionnante estimée à 500 000
personnes. Une grève générale, ce jour-là, arrête les
trains, ferme les écoles et laisse les journaux muets (Benjamin
Stora, Histoire de la guerre d’Algérie).
Document. Émeutes anti-européennes après l'indépendance à Oran. 5 juillet 1962
"Le 5 juillet 1962, c’est le drame à Oran. La
foule des quartiers musulmans envahit la ville européenne, vers 11
heures du matin. Des premiers coups de feu éclatent. On
ignore les causes de la fusillade. Pour les reporters de
Paris-Match, présents sur place, «on parle, bien sûr, d’une provocation
OAS, mais cela semble peu vraisemblable. Il n’y a plus de
commandos, ou presque, parmi des Européens qui sont demeurés à Oran
après le 1er juillet, que d’ailleurs, on considérait là comme une date
au moins aussi fatidique que l’an 40». Dans les rues,
soudain vides, commence une traque des Européens. Sur le boulevard
du Front de mer, on aperçoit plusieurs cadavres. Vers le boulevard de
l’Industrie, des coups de feu sont tirés sur des
conducteurs dont l’un, touché, s’affaisse au volant tandis que la
voiture s’écrase contre un mur. Une Européenne qui sort sur son balcon
du boulevard Joseph-Andrieu est abattue. Vers 15 heures,
l’intensité de la fusillade augmente encore. À un croc de boucherie,
près du cinéma «Rex», on peut voir, pendue, une des victimes de ce
massacre." (Benjamin Stora, Histoire de la guerre
d’Algérie).
Un bilan très lourd des deux côtés
Le bilan militaire et humain
Le bilan est difficile à dresser, car les autorités, des deux côtés,
n'ont pas voulu publier des chiffres précis. Malgré tout, les
historiens proposent des estimations.
La guerre a fait entre 300 000 et 500 000 morts. La majorité se
trouvent du côté algérien, parmi lesquels beaucoup de civils. L'Algérie a
perdu entre 2 et 3% de sa population musulmane.
0.5% des Français et Européens d'Algérie sont morts. Parmi les
morts, il faut tenir compte:
-des soldats français: 25 000 morts
-du terrorisme du FLN: près de 19 000 morts, majoritairement musulmans
-des luttes entre tendances nationalistes : près de 10 000 morts
-des victimes de l'OAS : près de 2200 morts, majoritairement des
musulmans, mais il y a aussi des Français d'Algérie et de métropole.
Après l'indépendance, des dizaines de milliers de harkis, favorables
à la France, ont été massacrés et les autres ont quitté l'Algérie pour
se réfugier en France.
La France a tué plus d'Algériens que le FLN mais le FLN, de son côté, a tué plus d'Algériens que d'ennemis français.
La guerre a semé le doute au sein de l'armée française. De nombreux
officiers supérieurs ont été renvoyés car ils dénonçaient l'atrocité de
la guerre et souhaitaient l'indépendance de l'Algérie.
Aujourd'hui encore, les violences commises par l'armée française
continuent de faire scandale.
Le bilan politique
En France
La guerre provoque une crise du nationalisme français: jusqu'ici, il
était fondé sur la grandeur de l'empire colonial. Désormais, le général
De Gaulle réoriente le nationalisme vers l'affirmation
de la grandeur de la France à travers l'aide au Tiers-monde.
Pendant le conflit, l'opinion française oscille (=hésite) entre
l'indifférence et des mobilisations ponctuelles: contre l'envoi du
contingent, contre la torture, contre la répression policière
(au moment notamment de l'épisode du métro Charonne). Dans les
sondages d'opinion, la question algérienne n'apparaît pas comme celle
qui domine l'actualité politique.
On ne compte que 200 à 300 réfractaires dans l'armée (soldats qui
refusent de se battre) et un millier de militants en métropole qui
organisent un réseau de solidarité envers les Algériens.
Des articles paraissent dans la presse pour dénoncer la torture. Un ouvrage d'Henri Alleg, La Question (le titre est un jeu de mots: "question" signifie à la fois "la torture" et
"problème"), paru en 1958, ne circule qu'à 60 000 exemplaires avant d'être censuré.
Parallèlement, les Français n'étaient pas spécialement attachés à
l'Algérie française ou à la colonisation en général: ils l'étaient
seulement de manière passive. Surtout, les Français n'ont
pas envie de se considérer en guerre car cela leur rappellerait trop
les Années noires (la période de l'occupation allemande et de Vichy).
Quelques intellectuels proches du parti communiste et du mouvement
tiers-mondiste, comme Sartre et Malraux, expriment leur solidarité avec
l'Algérie et le refus du colonialisme.
En Algérie
Le FLN installe un régime autoritaire: les expériences démocratiques
qui ont eu lieu pendant la lutte pour l'indépendance sont oubliées.
Ahmed Ben Bella devient président, jusqu'en 1965. Il est ensuite
victime d'un coup d'Etat organisé par un de ses ministres, Houari
Boumedienne, chef de l'état-major de l'ALN pendant la guerre
(1959-62).
Boumedienne renforce le pouvoir du parti unique et reste en poste jusqu'à sa mort en 1978.
Il poursuit également la politique de rapprochement avec l'URSS de
son prédécesseur et la modernisation économique et sociale inspirée du
socialisme.
L'Algérie est alors un des acteurs principaux du mouvement
tiers-mondiste et anti-impérialiste et un modèle pour d'autres pays
arabes. Les relations avec la France restent marquées par la guerre
d'indépendance et ne se normalisent véritablement qu'au début du
XXIè siècle (sous la présidence de Bouteflika).
C'est seulement après la mort de Boumedienne que l'Algérie se
démocratise, sous la présidence de Chadli Bendjedid (1979-1992).
Mais cette démocratisation aboutit à la montée électorale de
l'islamisme algérien. Une guerre civile couvre l'ensemble des années
1990 et le début des années 2000.
Abdelaziz Bouteflika, un ancien de l'ALN, devenu président en 1999,
est encore en fonction aujourd'hui. C'est lui qui met fin au terrorisme
islamiste dans le pays et s'attache a redresser
l'économie.
Le bilan économique
Pendant la guerre, la moitié des ruraux algériens a changé de résidence:
-plus de deux millions de personnes ont été déplacés par les Français depuis les zones déclarées interdites
-d'autres déplacements de population ont eu lieu des zones les plus
troublées vers les zones les plus calmes ou vers les pays voisins.
Ces déplacements désorganisent l'économie rurale.
Le départ des pieds-noirs vers la France accélère cette désorganisation.
La guerre d'Algérie: quelle mémoire?
Des lois d'amnistie (consistant à oublier les fautes de ceux qui ont
participé aux "événements d'Algérie") sont votées entre 1964 et 1982,
sous des gouvernements de gauche et de droite. La
mémoire de la guerre d'Algérie occulte (=laisse cachée) la question
de la torture généralisée jusqu'aux année 1990.
C'est seulement en 1992 que la première exposition consacrée à la
guerre d'Algérie a lieu à Paris. Les reportages télévisés se
multiplient.
C'est seulement en 1999 que le Parlement adopte une loi qui
remplace, dans les textes législatifs, l'expression "opérations de
maintien de l'ordre" par "guerre d'Algérie" (ou, pour les deux
autres pays décolonisés du Maghreb, "combats en Tunisie et au
Maroc").
Par ailleurs, la parole des victimes et des militaires qui ont
participé à la torture se libère. Le général Paul Aussaresses écrit en
2001 un ouvrage dans lequel il assume la pratique de la
torture et des exécutions de masse pendant la bataille d'Alger.
Les historiens, avec l'ouverture progressive des archives de la
guerre, s'emparent également de la question. Ils montrent, pendant la
guerre d'Algérie, l'existence d'un véritable "système de la
torture".
C'est seulement en 2012 que la France a reconnu sa responsabilité
dans l'abandon des harkis pendant la guerre d'Algérie (c'était un des
engagements de campagne du président Nicolas Sarkozy; voir
l'article du journal Le Point. ).
Pour approfondir
Guy Pervillé, La guerre d'Algérie, Paris, PUF, 2015.
Benjamin Stora, Histoire de la guerre d'Algérie, Paris, La Découverte, 2004.
Antoine Prost, Carnets d'Algérie, Paris, Tallandier, 2005.
Cherchez dans Wikipedia la biographie des grandes figures du nationalisme algérien.
Benjamin Stora, Histoire de la guerre d'Algérie, Paris, La Découverte, 2004.
Antoine Prost, Carnets d'Algérie, Paris, Tallandier, 2005.
Cherchez dans Wikipedia la biographie des grandes figures du nationalisme algérien.
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