Les précédents coloniaux de l'usage de la torture

Les précédents coloniaux de l'usage de la torture

Depuis la conquête coloniale la torture est un procédé courant des forces de l'ordre en Algérie qui l'utilisent pour terroriser les populations autochtones. Cette pratique qui a été utilisée tout au long de la présence coloniale en Algérie, d'abord pour obtenir des informations sur les emplacements de silos à grains lors de la conquête coloniale, puis pour briser les grèves, meurtrir des suspects, instruire les affaires pénales les plus ordinaires et terroriser les indigènes s'inscrivait avant tout dans une démarche de haine et de déshumanisation.
Dans un article de 1951, publié par L'Observateur, Claude Bourdet avait déjà dénoncé ces pratiques au moment des procès de 1951-52 de l'Organisation spéciale (OS), affiliée au Mouvement pour le triomphe des libertés démocratiques (MTLD) de Messali Hadj, en s'interrogeant : « Y a-t-il une Gestapo en Algérie ? ». Près de 80 plaintes pour torture et arrestations arbitraires sont déposées lors de ces procès, tenus à huis clos, toutes classées sans suite. De même, la résistante et spécialiste de l'Algérie Germaine Tillion enquêtera dans les années 1950 en Algérie sous mandat de la Commission d'enquête internationale contre le régime concentrationnaire (créée à la suite de la Seconde guerre mondiale).
Outre Bourdet, qui avait été informé de cas de torture à la Villa Mahiedinne, Albert Camus, lui aussi cité comme témoin par la défense (ainsi que Jean-Marie Domenach), écrit alors une lettre le , dans laquelle il déclare : s'il est possible un seul instant de soupçonner qu'ils aient pu être victimes de détention arbitraire ou de sévices graves, dès cet instant, il nous faut souhaiter de toutes nos forces que la justice de notre pays refuse de sanctionner si peu que ce soi, par une condamnation, des actes si intolérables soient-ils (...). Dans une affaire qui touche de si près aux passions politiques et nationales, un seul doute justement suffit pour que la justice qui doit être faite aux accusés n'ait pas d'autre nom que la clémence entière.
Avec la guerre d'Algérie, ces pratiques sont théorisées et systématisées par l'armée française. Dès le premier jour du conflit, François Mauriac, lance un appel qui ne sera pas entendu : « Surtout, ne pas torturer ». Germaine Tillion, dans une lettre du 7 décembre 1957 à Monseigneur Feltin (archevêque de Paris) écrit : « Sur tous ces supplices, Éminence, il n'y a vraiment pas d'équivoque pour une conscience, même peu alertée, et la fameuse défense qu'invoquent les tortionnaires : en torturant un homme, vous pouvez en sauver cinquante s'il avoue l'emplacement des bombes dont il dispose - se révèle être un faux argument, car au nom de cet argument on a torturé (quelquefois à mort) des personnes innocentes, pour un coupable problématique et qui n'avoue pas nécessairement. » Déjà, pendant la guerre d'Indochine, la torture avait été employée.

Commentaires